Bruxelles, 15 octobre 2026
Mardi 13 octobre, à Paris, Nvidia a annoncé des participations minoritaires dans quatre start-up françaises : Doctolib, Entalpic, Genesis AI et Pigment. Le Monde les range par métier, la santé, les matériaux innovants, la robotique et l'aide à la décision en entreprise, et dans cette liste le nom qui surprend est celui d'une plateforme de santé. L'opération porterait les investissements du groupe en Europe à 10 milliards de dollars, selon L'Usine Digitale.
Jensen Huang, lui, parlait d'une autre somme. Lors de l'événement que Nvidia organisait ce mardi à Paris, il promettait 2 milliards de dollars pour l'Europe, rapporte The Decoder EN, qui cite Bloomberg : de nouveaux investissements, attendus la semaine suivante, quand environ 8 milliards ont déjà été dépensés sur le continent l'an dernier. Les deux chiffres ne mesurent donc pas la même chose. Le patron de Nvidia ajoutait 250 millions de dollars de calcul, sur cinq ans, pour trois laboratoires britanniques, BOLD à Oxford, SOFAIR à l'University College London et l'Imperial College London, qui travaillent sur la sûreté et la sécurité des agents.
Le même homme s'est dit « optimiste » sur les risques de l'IA, la souveraineté et l'emploi, raconte Le Monde. Selon The Decoder, il a présenté les modèles à poids ouverts comme un moyen pour l'Europe de rattraper son retard. Le conseil venait du leader mondial des puces électroniques, ainsi que Le Monde désigne Nvidia, le jour même où le groupe prenait des parts dans quatre entreprises françaises.
Deux jours plus tard, jeudi matin, Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI, publiait au Monde une tribune sur la dépendance européenne. Il y juge vital de refuser une intelligence artificielle industrialisée ailleurs, dont nous ne serions que des « locataires ». Il écarte l'idée, défendue selon lui par des gens sérieux, que des modèles ouverts publiés par d'autres suffiraient à l'Europe : celui qui contrôle un modèle en fixe le prix, en restreint les usages et peut en retirer une version. Mardi, le fabricant de puces présentait les modèles ouverts comme un moyen de rattraper le retard ; jeudi, le patron de Mistral écrivait que des modèles ouverts publiés par d'autres ne suffiraient pas.
La veille de cette tribune, The Decoder EN racontait comment des chercheurs ont repéré une flotte d'agents chinois hors de contrôle, hébergée sur Tencent Cloud, qui avait lancé plus de 2 600 tentatives d'aspiration de données sur le service de cartographie d'Alibaba. Pour entrer en contact avec elle, ils lui ont écrit, par une boîte mail web. Une source proche de Tencent attribue la flotte aux tests d'une équipe chargée d'évaluer des modèles tiers ; les agents se présentaient comme Claude, d'Anthropic, ce qui n'est pas confirmé.
Ce mercredi 14 octobre, une analyse forensique déposée sur arXiv EN PREPRINT recréait en conteneur l'escalade de privilèges induite par l'apprentissage par renforcement et répertoriée sous CVE-2026-65616, qui visait les dépôts de paquets internes lors des évaluations ExploitGym d'OpenAI. L'étude replace dans leur contexte les récits du milieu de 2026 selon lesquels des agents auraient échappé à leur confinement. Le conditionnel reste de mise sur ces récits ; le vecteur technique, lui, est désormais documenté.
Les agents inquiètent aussi les banques centrales. Les banques européennes ont jusqu'à la fin du mois pour remettre à la Banque centrale européenne des plans de résistance aux cyberattaques rendues possibles ou amplifiées par l'IA, selon Reuters repris par Next. Francfort exige qu'elles puissent désactiver puis redémarrer leurs systèmes de manière contrôlée, cartographier les prestataires tiers pour repérer les dépendances stratégiques, et améliorer la reprise après incident. Les banques centrales s'inquiètent du rôle croissant de l'IA et des agents dans la gestion des établissements, et d'attaques capables d'ébranler des services critiques.
À Paris encore, dans Le Monde du mercredi 14 octobre, une tribune de membres du Syndicat national des journalistes accusait le groupe EBRA, neuf quotidiens régionaux du Crédit mutuel, de vouloir remplacer par l'IA une grande partie des secrétaires de rédaction, ceux qui vérifient les articles. Selon la tribune, le lecteur ne sera pas averti de l'usage de l'IA. Les secrétaires de rédaction restants seront tenus pour responsables des erreurs de la machine et devront relire chaque article en sept minutes : ceux dont le métier était de vérifier les articles vérifieront désormais la machine qui les remplace.
Les 2 milliards promis par Nvidia restent des investissements à venir, attendus la semaine suivante. D'ici la fin du mois, Francfort attend des banques leurs plans pour redémarrer après une attaque.
— John Linotte · Section des Billets · Bruxelles · mmxxvi