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IA déclarée, IA détectée : deux régimes qui ne se rencontrent pas

Bruxelles, vingt-cinq octobre deux mille vingt-six

La musique sait déjà étiquetter ce que l'intelligence artificielle produit. Vous l'avez peut-être remarqué, en écoutant un titre sur votre plateforme de streaming : une mention discrète signale les morceaux générés par IA. Le livre et le film, eux, n'en sont pas là. Aucun label ne signale à l'acheteur qu'un ouvrage ou un long-métrage a recouru à la machine. Dans « Pour identifier le recours à l'IA dans les œuvres, la musique affiche une sérieuse avance sur l'édition et le cinéma », enquête que Le Monde publie ce 25 octobre, le quotidien constate que l'édition ne dispose, pour l'heure, que de la parole de l'auteur et de quelques règles imposées par les plateformes d'autoédition.

Cet état des lieux tombe un mois après le séisme qui a secoué la rentrée littéraire francophone et que Le Monde dit avoir déclenché une vaste prise de conscience chez les éditeurs. Début octobre, Thélyson Orélien avait nié avoir fait écrire son roman C'était ça ou mourir par une machine, assurant qu'aucune phrase de l'ouvrage n'avait été créée par l'IA, tout en reconnaissant d'anciens plagiats. Le 21 octobre, les Éditions du Boréal, son éditeur canadien, ont renversé cette version. Dans « Affaire Thélyson Orélien : l'IA a été utilisée pour l'écriture du roman, annonce son éditeur canadien, qui met fin à sa collaboration avec l'auteur », article consacré au communiqué de l'éditeur, Le Monde rapporte que Boréal a établi que l'intelligence artificielle avait bel et bien servi dans le processus d'écriture, alors que l'auteur assurait ne jamais y avoir eu recours pour la création de son roman.

Pour en arriver là, Boréal a dû jouer les enquêteurs. L'éditeur précise ne pas vouloir tenir ce rôle auprès de ses auteurs, mais cette situation hors norme, dit-il, lui a imposé de ne pas en rester là. Après avoir tenté de constituer un dossier avec l'auteur, qui a finalement refusé de fournir d'autres éléments, Boréal a rassemblé l'ensemble des versions de travail du roman et commandé une analyse externe. L'étude a révélé, selon le communiqué cité par le quotidien, « des traces de balises d'IA dans les métadonnées » de certains documents. Mais Boréal ajoute aussitôt qu'il ignore toujours dans quelle mesure l'IA a été utilisée et que sans doute il n'aura jamais de réponse définitive. La confiance, dit l'éditeur, est la question fondamentale ; c'est elle qui a éclaté.

Interrogé par Libération et repris par Le Monde, Thélyson Orélien a réagi en maintenant que le livre avait été écrit par lui, tout en reconnaissant l'utilisation de l'IA dans le processus de création pour des recherches historiques. Il a ajouté qu'il avait tout expliqué à des proches mais que présentement il ne pensait pas que sa parole vaille quelque chose, et que ce qu'il vivait avait dépassé le cadre littéraire. L'affaire avait en effet déjà franchi les frontières de la chronique culturelle : l'académie Goncourt avait écarté le roman fin septembre, invoquant des plagiats et le résultat convergent de plusieurs analyses qui mettaient en évidence que l'ouvrage était, selon toute vraisemblance, très largement le produit d'une intelligence artificielle. Le prix Renaudot, lui, l'a maintenu dans sa sélection, et le livre restait un best-seller de la rentrée dont les ventes continuaient de progresser malgré la polémique.

Dans ce paysage fragmenté, la seule mesure sectorielle large que Le Monde rapporte vient d'Amazon. Depuis le 21 septembre, sa plateforme d'autoédition Kindle Direct Publishing réduit à deux nouveaux titres par format et par semaine les publications d'un même auteur, contre dix auparavant, un rythme que le journal qualifie encore d'humainement impossible même réduit à deux, tout en imposant la vérification d'identité des nouveaux éditeurs et la déclaration du recours à l'IA pour le texte ou la couverture. Ce dispositif repose sur la parole de l'auteur, celle qui n'a pas tenu chez Orélien.

L'usage de l'IA, qui a été nié puis établi dans cette affaire, un collectif d'artistes en fait la matière déclarée et assumée de son travail. Dans « TINA, la revue d'artistes qui choisit de regarder la datastrophe en face », article publié par Le Monde le 23 octobre, le quotidien présente le deuxième numéro papier de cette revue en ligne tenue par un collectif d'artistes et d'auteurs de tous horizons, éditée chez JOU, où un numéro thématique paraît une fois par an. « Il faut tout reprendre », proclame le mot d'ordre du collectif, qui détourne l'acronyme néolibéral « There is no alternative » de Margaret Thatcher en « There is no adjustment ». Face à la « datastrophe », TINA se demande si la révolution de l'IA générative pourrait devenir la sienne et tente une approche constructive des possibles qu'elle engendre, quand nombre d'artistes et auteurs s'élèvent contre la menace sur leurs moyens de subsistance.

Le cinéma, lui, n'a pas encore d'étiquette pour signaler l'IA au public, note Le Monde dans son enquête, mais un festival en fait déjà l'objet explicite et obligatoire de son concours. Dans « Artefact AI Film Festival : comment l'IA accompagne la création d'un film (Sponso) », article commandité par LDLC et Nvidia que Numerama publie, le site annonce que ce festival lancé en 2024 par la salle mk2 et la société Artefact ouvre sa troisième édition sous le thème « (Dis)Connection », avec un jury coprésidé cette année par Olivier Nakache et Éric Toledano après les présidences de Jean-Pierre Jeunet puis de Cédric Klapisch. Chaque candidat doit soumettre un film de 314 secondes au plus tout en ayant utilisé au moins une technologie d'IA générative dans chacune des trois phases, de la préproduction à la postproduction en passant par la production. « Les outils doivent servir une histoire », précise le règlement rapporté par le site, qui entend éviter le simple concours de prompt. Le premier prix est doté de 10 000 euros, avec diffusion d'une version de 30 secondes dans les salles mk2. Le palmarès de la précédente édition, qui avait réuni 265 candidatures de 52 pays, distinguait vingt films finalistes et comportait un prix du jury, un prix du public et un Prix Artefact de la meilleure utilisation de l'IA.

— John Linotte · Section des Billets · Bruxelles · mmxxvi

Articles cités dans le billet (4 articles · 2 sources)

Ce billet a été rédigé avec l'assistance d'un système d'intelligence artificielle. Les sources citées sont vérifiables ; la voix éditoriale relève du Département des Harnais.

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