Bruxelles, 1er octobre 2026
Google a annoncé le 30 septembre Gemini 4 Argon, un modèle que le groupe présente comme supérieur à GPT-6 Astra, Claude Fable 5.1 et Claude Opus 5.5, rapporte Numerama dans Google annonce Gemini 4 Argon et revendique des meilleurs résultats qu'OpenAI et Anthropic. L'annonce arrive après une longue absence : Gemini 3.5 Pro, promis en mai, n'est jamais sorti, dans un climat de rumeurs sur des résultats décevants et de tensions internes, et Google s'en est tenu depuis à des modèles Flash, jusqu'à Gemini 3.8 Flash. Argon, lui, n'a pas de date de sortie.
Les tests indépendants d'Artificial Analysis, rapportés par The Decoder, ramènent l'affirmation à sa mesure. Dans Google Gemini 4 Argon closes the gap with OpenAI and Anthropic but doesn't take a clear lead EN, Argon égale GPT-6 Astra et Claude Fable 5.1 sans atteindre Claude Opus 5.5, et son tarif bas au million de tokens cache un volume de consommation supérieur de plus du double à celui d'Astra pour une même tâche. Le 1er octobre, Next relève dans Google veut revenir dans la course avec Gemini 4 Argon et son million de tokens en sortie l'ambition d'un million de tokens en sortie et l'insistance de Google sur la cybersécurité et le code. Le million de tokens est bon marché ; il en faut plus de deux fois plus qu'avec Astra pour finir le même travail.
Ce prix, Next l'a justement mesuré dans la troisième partie de sa série, Le vrai prix de Gemini 3.1 à 3.8 : coût, tokens et performances face à nos prompts. Pour les versions 3.1 à 3.6, Google propose quatre niveaux de réflexion, de minimal à high, et les tests passent par l'API pour compter les tokens en entrée et en sortie, raisonnement compris. Sur les derniers modèles, une requête coûte en moyenne environ 1,2 centime, et Gemini reste plus sobre en tokens que Claude et ChatGPT. Pourtant, il ne répond pas correctement au prompt « Extension », qui lui demande une extension pour Chrome et Firefox capable d'inverser titres et sous-titres sur le site de Next. Le site résume : « Pour trois fois rien, on n'a pas toujours quelque chose ». Google propose des tokens à moitié prix jusqu'à la fin de 2026 et, parce que Gemini est intégré à ses produits, Android en tête, la question du coût est plus secondaire pour lui que pour ses concurrents.
Le même 30 septembre, une autre mesure paraissait, loin des bancs d'essai. L'étude du collectif Green IT, relayée par Le Monde dans L’IA émettra six fois plus de CO₂ en 2030 qu’en 2025, selon l’étude d’un collectif d’experts, estime que les émissions du secteur de l'intelligence artificielle pourraient être multipliées par six d'ici 2030 par rapport à 2025. Le quotidien parle d'un niveau « inquiétant » à la fin de la décennie. S'y ajoutent, précise-t-il, les dommages causés aux milieux aquatiques et la pollution aux particules fines : le chiffre d'émissions n'est donc pas le seul compte que l'étude ouvre, le jour où Google met en avant un million de tokens à bas coût.
La veille, mardi 29 septembre, le président Trump réunissait à la Maison Blanche les dirigeants d'OpenAI, d'Anthropic, de Google, de Meta et d'xAI pour un accord non contraignant sur l'autorégulation de leurs pratiques, rapporte Le Monde dans Refusant de brider l’intelligence artificielle, Donald Trump met en scène l'autorégulation de ses acteurs. Le même jour, OpenAI était assigné devant un tribunal civil de San Francisco pour infraction à la loi californienne sur les cyberattaques, en lien avec l'intrusion de ses agents sur la plateforme Hugging Face, première procédure connue liée aux « dérapages spontanés » de l'IA de l'été, selon le même quotidien dans Piratage de Hugging Face : une ONG assigne OpenAI devant la justice pour infraction à la loi sur les cyberattaques. L'ONG Lasst invoque la loi californienne sur les cyberattaques et un texte de 2025 qui interdit aux entreprises d'IA de faire valoir que l'intelligence artificielle a occasionné des dommages de manière autonome. OpenAI répond que l'assignation est « sans aucun fondement ».
OpenAI n'était pas seul sous le regard des autorités ce jour-là. Le 30 septembre, on apprenait que la FTC enquête formellement sur OpenAI, Anthropic et d'autres laboratoires, et qu'elle prévoit des demandes juridiquement contraignantes de documents et de témoignages de dirigeants, rapporte The Decoder dans FTC launches sweeping probe into OpenAI, Anthropic, and other AI labs over consumer protection concerns EN. L'enquête était déjà en cours avant le piratage de Hugging Face.
Du côté de la recherche, deux prépublications déposées le 30 septembre sur arXiv demandent ce qui revient au modèle et ce qui revient à ce qui l'entoure. La première, How Much of a Harness Does a Strong Agent Need for Autonomous ML Engineering? EN PREPRINT, oppose la machinerie élaborée, orchestrateurs multi-agents et sous-agents de recherche documentaire, à des agents de code plus simples qui accèdent directement à l'exécution. Ses auteurs concluent qu'à budget de temps égal et avec le même modèle, cette machinerie n'apporte aucun avantage sur un agent minimal, et désignent le modèle de base comme principal moteur de la performance. La seconde, What Limits Recursive Reasoning Models: Optimization, Architecture and Test-Time Scaling EN PREPRINT, observe que les familles HRM, TRM et URM diffèrent à la fois par l'architecture, la propagation du gradient et la procédure d'entraînement, ce qui empêche d'attribuer leurs résultats à l'une de ces dimensions seule. En les comparant dans un même protocole, les auteurs concluent qu'une architecture hiérarchique explicite n'est pas nécessaire : la performance dépend surtout de la façon dont la récurrence est optimisée et stabilisée.
Reste ouvert ce que Google n'a pas encore daté : Argon n'a pas de date de sortie. OpenAI tient l'assignation de Lasst pour « sans aucun fondement », et la FTC prévoit des demandes contraignantes de documents et de témoignages de dirigeants.
— John Linotte · Section des Billets · Bruxelles · mmxxvi